Le ténia










Trois espèces de ténias sont connues pour infecter les chevaux :
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Anoplocephala perfoliata
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Anoplocephala magna
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Anoplocephaloides mamillana
A. perfoliata est le ténia le plus fréquemment rencontré chez le cheval en France. Il peut infecter des chevaux de tout âge ou de toute race. Ce parasite se distingue des autres espèces de ténias par sa taille et par les replis caractéristiques présents sur sa tête. C’est également le seul ténia associé à une maladie équine.
A. perfoliata possède un corps aplati pouvant atteindre jusqu’à 8 cm de longueur et 1,5 cm de largeur. Son corps est constitué de segments appelés proglottis, et sa tête, ou scolex, possède quatre ventouses qu’il utilise pour s’attacher à la paroi intestinale. L’attachement de ces ventouses peut provoquer des lésions en arrachant des fragments de la paroi intestinale, entraînant une inflammation et, potentiellement, des coliques.
Les études indiquent que plus le nombre de ténias présents chez un cheval est élevé, plus les lésions intestinales sont sévères. Même des charges parasitaires relativement faibles (moins de 20 ténias) peuvent entraîner des lésions importantes, susceptibles de provoquer un épaississement de la paroi intestinale ainsi que des troubles de la motilité responsables de coliques.
A. magna et A. mamillana résident généralement dans l’intestin grêle, tandis que A. perfoliata se situe le plus souvent à la jonction entre l’intestin grêle et le gros intestin, près du cæcum. Cette zone étroite est sujette à une accumulation de A. perfoliata qui, en plus de provoquer des lésions et un épaississement de la paroi intestinale, peut entraîner une obstruction se manifestant par une colique d’impaction.
Cycle de vie du ténia
Contrairement aux vers équins courants tels que les petits strongles ou les ascaris, les ténias nécessitent des acariens oribates comme hôtes intermédiaires pour le développement de leurs formes infestantes, appelées cysticercoïdes. Ces acariens, qui vivent dans l’environnement, sont ingérés par les chevaux ; les corps des acariens sont ensuite digérés, libérant les larves de ténia. Ces larves deviennent alors des adultes hermaphrodites dans l’intestin du cheval, où elles s’attachent à la paroi intestinale et se nourrissent de son contenu pendant leur maturation. Le passage du stade larvaire au ver adulte mature prend de 6 à 10 semaines.
Le corps d’un ténia adulte est constitué d’une série de proglottis qui mûrissent progressivement, chacun étant pourvu d’organes reproducteurs mâles et femelles. Derrière le scolex, de nouveaux segments se forment continuellement et mûrissent à mesure qu’ils se déplacent vers l’extrémité du ver. Les proglottis les plus matures, contenant généralement des œufs fécondés, se détachent et peuvent éclater au cours de leur passage dans l’intestin, libérant les œufs dans les crottins. Ces œufs peuvent ensuite être ingérés par les acariens oribates. À l’intérieur de l’acarien, les œufs éclosent en larves qui nécessitent 2 à 4 mois pour se développer en cysticercoïdes infestants.
Diagnostic
Le diagnostic du ténia est plus difficile que celui d’autres parasites digestifs.
Les méthodes classiques de coproscopie quantitative (FEC – Faecal Egg Count) ne sont pas fiables pour détecter les infestations par le ténia. Plusieurs études ont démontré que la répartition irrégulière de faibles quantités d’œufs dans les crottins rend leur détection difficile lors des analyses FEC. Cela peut entraîner une fréquence élevée de faux résultats négatifs lorsque l’infestation par le ténia est évaluée à l’aide des méthodes FEC.
Cela signifie qu’un résultat FEC négatif pour le ténia ne veut pas dire que le cheval n’est pas infesté.
Le test EquiSal Tapeworm détecte les infestations par le ténia en mesurant des anticorps spécifiques dans la salive du cheval plutôt qu’en comptant les œufs. Ces anticorps sont produits lorsque le système immunitaire reconnaît une infestation par le ténia.
Le test quantifie les anticorps spécifiques au parasite afin d’évaluer la présence de ténias. Il a été démontré que les niveaux de ces anticorps spécifiques correspondent au degré d’infestation chez les chevaux (Lightbody et al., 2016. Vet. Clin. Pathol. 45:335-346). Des études publiées dans des revues scientifiques à comité de lecture ont confirmé la haute sensibilité du test, en particulier lorsque plus de 20 ténias sont présents, indiquant qu’aucun cheval porteur de ce niveau d’infestation potentiellement dangereux n’a été mal diagnostiqué.
Conséquences cliniques
Les ténias représentent un risque important pour la santé des chevaux, car ils sont associés à plusieurs types de coliques, le risque de maladie étant corrélé au niveau d’infestation.
Les ténias sont impliqués dans plusieurs formes de coliques :
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l’invagination intestinale (intussusception), où une partie de l’intestin glisse dans une portion adjacente;
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la perforation ou la rupture du cæcum, entraînant une péritonite lorsque le contenu intestinal s’échappe et infecte la cavité abdominale ;
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l’épaississement de la muqueuse et de la jonction iléo-cæcale, responsable d’obstructions intestinales et de troubles de la motilité digestive ;
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la torsion de l’iléon ou du cæcum, où les intestins se tordent, provoquant une douleur intense et une obstruction ;
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les coliques spasmodiques, caractérisées par des épisodes récurrents pouvant augmenter en fréquence et en gravité.
Certaines de ces affections peuvent entraîner une apparition soudaine de coliques accompagnées d’une douleur intense, pouvant nécessiter une intervention chirurgicale. Plus fréquemment, des coliques légères résultent d’une diminution du passage du contenu intestinal due aux obstructions associées au ténia.
Les recherches indiquent qu’une infestation plus importante augmente le risque de coliques chez le cheval. Même un nombre relativement faible de vers peut provoquer des lésions intestinales. Il a été observé qu’à peine 20 ténias peuvent endommager la muqueuse intestinale et avoir une importance clinique.
La jonction iléo-cæcale, habitat fréquent de A. perfoliata, est un passage étroit où les amas de vers sont davantage susceptibles de provoquer des lésions ou des obstructions. Étant donné que le niveau d’infestation et les signes cliniques sont liés, et compte tenu des préoccupations croissantes concernant la résistance aux vermifuges, il est essentiel d’utiliser des tests pour orienter les traitements.
Cela permet de traiter les chevaux présentant des infestations importantes, tout en évitant les traitements inutiles chez les chevaux faiblement infestés ou non infestés.
Au Royaume-Uni, plusieurs centaines de milliers de tests EquiSal ont été réalisés, et environ deux tiers des chevaux ne nécessitaient pas de traitement. Cela permet de réduire l’utilisation des vermifuges et de préserver leur efficacité.
Gestion du ténia en France
En France, jusqu’à récemment, il était courant de recommander un traitement contre le ténia une à deux fois par an, au printemps et/ou à l’automne, car le test EquiSal n’était pas disponible.
Par ailleurs, des résistances concernant le ténia ont déjà été signalées pour les deux principales molécules utilisées dans les vermifuges : le praziquantel et le pyrantel. Cela est d’autant plus préoccupant qu’il existe très peu de nouveaux traitements anti-ténias en développement chez le cheval (Nielsen, 2023, International Journal for Parasitology: Drugs and Drug Resistance, 22:96-101).
Il est donc important de gérer les infestations par le ténia de manière raisonnée afin de limiter l’apparition de résistances.
Par conséquent, il convient de privilégier :
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une bonne gestion des pâtures ;
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des analyses parasitaires régulières ;
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des traitements uniquement lorsque cela est nécessaire, en fonction des résultats.
Cette approche permet d’identifier les chevaux réellement infestés tout en évitant les vermifugations inutiles.
Les tests d’anticorps EquiSal contre le ténia classent les résultats en trois catégories :
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faible ;
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intermédiaire / limite ;
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modéré à élevé.
Un traitement est conseillé uniquement pour les chevaux présentant un résultat intermédiaire ou élevé.
Les études montrent que moins d’un tiers des chevaux testés ont réellement besoin d’un traitement contre le ténia. Cela permet de réduire l’utilisation des vermifuges et de préserver leur efficacité dans le temps (Lightbody et al., 2018. Equine Veterinary Journal 50:213-219 ; Matthews et al., 2024. In Practice 46:34-41).
Recommandation: privilégier les tests réguliers plutôt que les vermifugations systématiques, et de traiter uniquement les chevaux qui en ont réellement besoin.
Prévention et gestion des pâtures
La prévention repose principalement sur l’hygiène des pâtures et une gestion raisonnée des chevaux.
Mesures recommandées :
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ramassage régulier des crottins, idéalement une à deux fois par semaine ;
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alternance des pâtures lorsque cela est possible ;
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éviter le surpâturage ;
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limiter la densité de chevaux par hectare ;
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effectuer une quarantaine parasitaire des nouveaux arrivants ;
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réaliser des coproscopies régulières.
Le hersage des pâtures peut favoriser la dispersion des parasites lorsqu’il est réalisé par temps humide ou tempéré. En revanche, effectué par temps chaud et sec, puis suivi d’un repos suffisant de la prairie, il peut contribuer à réduire la survie des larves parasitaires.
La gestion moderne du ténia
En Angleterre, la gestion moderne du ténia chez le cheval ne repose plus sur des vermifugations systématiques, mais sur une approche raisonnée associant :
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la surveillance ;
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les analyses ;
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les traitements ciblés ;
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la gestion sanitaire des pâtures.
Cette approche permet de préserver la santé des chevaux tout en limitant l’apparition de résistances aux antiparasitaires.